La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a publié samedi dernier, les résultats provisoires de la présidentielle du 4 mars. Selon les chiffres publiés, le président Faure Gnassingbé arrive largement en tête avec 60,92% des voix contre 33,94% pour Fabre Pierre Fabre de l’Union des Forces de Changement (UFC, le principal parti d’opposition), son principal adversaire. L’Agence Savoir News rencontré le ministre de la Coopération Gilbert Bawara pour un entretien à bâtons rompus. Lisez plutôt.
Gilbert Bawara: Non seulement cela est raisonnable, mais c’est compréhensible. Moi j’ai toujours pensé qu’une élection présidentielle, ce n’est pas une affaire de partis politiques. Vous-mêmes les journalistes vous vous êtes interrogés après avoir constaté que Faure Gnassingbé ne s’est pas présenté à son investiture par le RPT, qu’il y a beaucoup de mouvements associatifs et de regroupements qui l’ont soutenu et qui l’ont parrainé. Vous avez également constaté que sur ses affiches durant toute sa campagne, il a opté pour le rassemblement au-delà des considérations partisanes. L’élection présidentielle met en jeu au moins deux choses: les qualités personnelles intrinsèques de l’homme qui aspirent à devenir Chef d’Etat en termes de sa capacité à être ouvert à d’autres forces sociales et politiques du pays, à d’autres personnalités, à rassembler. En deuxième lieu, son projet est ambitieux et
collectif. De tous les candidats, visiblement, il y a un qui a des qualités personnelles et un projet qui n’est pas un projet nouveau et qui est fondé sur les acquis des cinq dernières années. Quelles que soient leurs imperfections, il y a des acquis.
Savoir News: Donc vous estimez que ce sont ces « qualités » qui ont milité en faveur de la réélection de Faure Gnassingbé dont le score est visiblement plus important que celui rassemblé par son parti durant les dernières Législatives ?
Gilbert Bawara: Même si nous nous enfermions dans le cadre des partis politiques, soyons honnête. Quel est le parti politique qui aujourd’hui, est entrain de traverser une phase de rénovation et de renouvellement en son sein? En termes idéologiques et en termes de personnel. C’est le RPT. Au RPT aujourd’hui, vous pouvez avoir une tendance conservatrice, des gens qui peut-être sont un peu plus hésitants par rapport aux réformes même s’ils y adhèrent. Il y a également une tendance réformatrice, moderniste dont on connaît les tenants et les partisans. On ne se cache pas. Le peuple aussi voit. Combien d’entre ceux qui nous parlent de démocratie et de changement ont accepté en leur sein de réaliser ce changement? Il n’y en a pas. Vous voyez même quelqu’un qui dit: « je suis le président d’honneur, mais c’est moi le candidat». Il met un jeune comme président de son parti et ne peut pas le laisser concourir. On a été jusqu'à modifier le code électoral pour permettre à notre «doyen» Gilchrist Olympio de se présenter.
Savoir News: Vous avez creusé un grand écart dans la circonscription électorale de la Kozah. Est-ce à dire que l’affaire Kpatcha Gnassingbé, du nom du député de la localité et demi-frère du Chef de l’Etat, n’a pas agi sur votre électorat?
Gilbert Bawara: C’est stupide de croire que les populations de la Kozah auraient d’autres aspirations, d’autres attentes différentes de celles des autres Togolais, de celles de la préfecture de Doufelgou qui et voisine, ou encore de celles de la préfecture de la Kéran, de Lacs, de Vo, de Yoto, qui ont des aspirations simples et légitimes. C’est pour dire que les candidats de l’opposition qui ont fait de la démagogie en ayant en direction des populations de la Kozah comme seule ambition et seul projet, la libération d’un homme qui a maille à partir avec la justice. Mais, c’est une injure aux populations de la Kozah qui ont voulu dans un geste de défi dire non et n’ont pas cédé à cette sorte de manipulation.
Savoir News: Si vous avez réalisé un grand score dans la Kozah, dans le Doufelgou et autres, votre score n’est en revanche pas très brillant, comme d’habitude, dans la commune de Lomé. Est-ce que vous savez pourquoi la majorité des populations de Lomé ne vous aiment toujours pas?
Gilbert Bawara: Non ! C’est trop dire que d’affirmer que les populations de Lomé ne nous aiment pas. Toutes les capitales du monde sont frondeuses. Regardez toutes les capitales des pays qui nous entourent. Dans les capitales, se concentrent l’intelligentsia, des gens qui ont des exigences beaucoup plus élevées que la moyenne de la population, les gens dont le bien-être est à un standard de loin plus élevé que ce que la population d’ordinaire demande. Le score du candidat Faure Gnassingbé à Lomé est un score très honorable par rapport à la situation d’où nous sortons. Cela signifie que malgré les professions de foi et les proclamations d’intentions, les populations sont restées lucides. On note une forte progression du candidat Faure Gnassingbé non seulement dans Lomé-Commune, mais également dans Golfe qui étaient des fiefs de l’opposition.
Savoir News: Le candidat de l’UFC, Jean-Pierre Fabre conteste les résultats. Il estime avoir obtenu entre 55% et 60% des voix. Qu’en dites-vous?
Gilbert Bawara: Vous voyez qu’il évolue. Il estimait avoir obtenu entre 75 et 80%. Non, je pense que cela ne fait pas sérieux pour une raison simple. Jean-Pierre Fabre pour qui j’ai de l’estime parce qu’il est allé à un combat qui n’était pas évident. Avant la proclamation des résultats, il s’est lancé dans des spéculations. Les dépouillements dans les bureaux de vote se sont passés en présence de tous les membres de bureaux de vote qui sont pluralistes, en présence des délégués des candidats, en présence d’observateurs nationaux et internationaux. Qu’il conforte ses thèses et ses allégations avec celles des autres candidats de l’opposition qui sont avec lui y compris M.Agbéyomé qui s’est empressé à peine les bureaux de vote fermés de proclamer que Jean-Pierre Fabre aurait été vainqueur. Celui-là même qui était dans un Front à Paris et qui est sorti du Front à Lomé, quelle crédibilité on peut accorder à cette classe politique? Ce n’est pas sérieux.
Savoir News: Les contestations de l’opposition ont commencé à être réprimées depuis samedi. Est-ce que le gouvernement va continuer à réprimer les manifestations de l’opposition?
Gilbert Bawara: Votre terme est inexact. Les manifestations ne sont pas réprimées. Elles ont été dispersées par des moyens légaux. Jusqu’à présent les moyens utilisés sont des moyens conventionnels. A Paris - quand il y a une manifestation puisque les amis de l’opposition semblent avoir élu certaines chancelleries comme leur quartier général de campagne et leurs conseillers - lorsqu’il y a une manifestation, les CRS et les policiers utilisent les gaz lacrymogènes. Jusqu’à preuve du contraire, est-ce que vous avez vu les policiers et les gendarmes de la FOSEP utiliser d’autres moyens que des gaz lacrymogènes?
Savoir News: Qu’est-ce qui fait qu’ils n’ont pas le droit de manifester?
Gilbert Bawara: On ne dit pas qu’ils n’ont pas le droit de manifester. Le droit de manifester est consacré par nos lois au même titre le pouvoir d’appréciation du gouvernement est consacré par la loi. On doit respecter la liberté de ceux qui veulent manifester, mais aussi respecter la liberté de ceux qui ne veulent pas manifester de telle sorte que le gouvernement et l’Etat doivent être mis en situation d’encadrer une manifestation et de faire en sorte que les choses se déroulent conformément aux lieux, aux circonstances prévus. Que chacun ne se lève pas de manière anarchique pour manifester. Aujourd’hui, le souci du gouvernement et du président de la république, c’est de préserver la cohésion, la stabilité et la paix dans le pays mais en même temps de le faire sans entraver les libertés.
Savoir News: Selon les résultats proclamés par la CENI, Faure Gnassingbé est gagnant de l’élection de jeudi dernier. Comment allez-vous gérer cette victoire?
Gilbert Bawara: Ce qui caractérise Faure Gnassingbé, c’est la constance et la cohérence. Il a dit que si jamais, les Togolais lui témoignaient une fois de plus leur confiance et leur adhésion en le soutenant massivement dans le cadre de l’élection, il souhaite rassembler toutes les bonnes volontés, coaliser tous les talents et toutes les compétences de notre pays par-delà même les contradictions, les oppositions qui se sont affrontées durant la campagne. Développer un pays ne peut pas être l’apanage d’un seul président ou d’un seul parti politique. Cela doit être une opportunité pour nous, ensemble avec toute la population, pour créer un nouvel état d’esprit dans notre pays. L’esprit de tolérance mutuelle, l’esprit de réconciliation nationale… D’ailleurs, c’est ça que les Togolais sont entrain de démontrer à notre opposition. Malgré les appels, combien de Togolais sont entrain de sortir ? Non… au
Contraire. C’est pour dira qu’autant nous nous sommes mobilisés pour créer un nouvel état d’esprit, un nouvel environnement social, politique, il faut aujourd’hui faire en sorte que tous ceux qui désirent apporter une contribution positive à la marche de notre pays soit en mesure de le faire. Le président Faure a toujours prôné l’ouverture et le dialogue. Il a toujours veillé à ce qu’on ne s’enferme pas dans des considérations partisanes. Il l’a démontré à travers sa candidature et sa campagne et je suis certain que c’est le même état d’esprit qui continuera à l’animer au lendemain de la proclamation définitive des résultats par la Cour constitutionnelle.
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Propos recueillis par Erick KAGLAN
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